Déviation de Beynac : un dossier qui devient politique

Mon opposition au projet de contournement de Beynac est connue depuis longtemps. En tant que citoyenne, candidate puis députée, je n’ai cessé de pointer les inquiétudes sur l’impact qu’aurait la réalisation de cette infrastructure sur une vallée riche d’un patrimoine naturel et architectural exceptionnel. Dès le départ, j’avais interrogé le coût du projet au moment où l’utilisation raisonnée de l’argent public par les collectivités locales est une nécessité.

Ces derniers mois, j’ai donc alerté les ministères de la Transition écologique et solidaire et le ministère de la Culture sur ce projet. Au milieu du mois de janvier, Françoise Nyssen, la ministre de la Culture, faisait sienne la position que je défends, en se disant «très favorable au moratoire proposé par la mission du Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD), qui permettrait de réévaluer le besoin au regard des évolutions qui ont pu se produire depuis l’enquête publique de 2001, ne serait-ce qu’en raison des aménagements réalisés par la commune de Beynac et Cazenac.»

Malgré ces prises de position, le gouvernement n’a eu d’autres choix que de rendre un avis technique favorable au projet, n’étant pas en mesure de juger la pertinence d’un projet porté et financé par un département. Je le regrette. Pourtant, cette pertinence doit encore être interrogée. S’il apparaît important de fluidifier la circulation sur l’axe Bergerac-Souillac durant la période estivale, engager un chantier d’au minimum 32 millions de travaux pour réaliser le contournement d’un village de 500 habitants me paraît aujourd’hui encore inapproprié, alors que Sarlat ou Périgueux attendent des rocades dont les impacts quotidiens sur l’activité économique seraient d’une toute autre ampleur, ce qui auraient justifié de les aménager prioritairement.

Malgré les oppositions nombreuses qui se sont traduites par près de 80% d’avis négatifs lors de la dernière enquête publique, le Conseil départemental a maintenu et défendu son projet. Ce choix appelle donc à présent une lecture non plus technique mais politique. Car les financements dégagés pour ce contournement se feront au détriment d’autres besoins essentiels pour la Dordogne. Dès cette année, près de 40% du financement des routes à la charge du département sera consacré à ce contournement, alors que le réseau routier nécessite en de très nombreuses zones, des travaux qui devront se faire attendre.

Notre département investit bien moins que d’autres départements comparables dans ses collèges. Le financement de la solidarité vis-à-vis de nos aînés est également à questionner : les moyens alloués à la dépendance (point GIR) par le Conseil départemental est un des plus faible de Nouvelle-Aquitaine. On pourrait également interroger les choix techniques décidés
pour le déploiement de la fibre.

Cette volonté farouche de maintenir ce projet de contournement, dont les impacts, l’utilité et le coût suscitent tant de protestations, relève d’une vieille façon d’appréhender la politique. Notre époque appelle plus que jamais de la concertation et de la co-construction au-delà de méthodes de gouvernance héritées d’une autre époque et qui pourraient sembler relever du
seul fait du prince.

Jacqueline Dubois
Députée de la 4e circonscription de Dordogne

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